La galerie Christian Berst à Paris présente les oeuvres de Franco Bellucci, disparu en 2020. Un film en noir et blanc montre l’artiste en train de nouer ses magnifiques objets-sculptures, jeux d’enfants et débris divers sertis dans des assemblages comme des bouées prises dans les filets d’un pêcheur. Il y a la force expressive d’un homme à la dérive. L’art de Franco Belluci est celui d’un rescapé. A voir absolument avant le 13 juin 2021.

Absence dramatique de la parole… Franco Bellucci naît à Livourne (Italie) en 1945. Une encéphalite retarde son développement psychique et le prive de la capacité de parler. A l’adolescence, il fait montre d’une destructivité compulsive envers les objets qui l’entourent. Cette agressivité ne se porte jamais vers les autres ni vers lui-même. Le 15 février 1961, pendant l’éclipse solaire totale qui noircit le ciel de l’Italie du nord, il jette la télévision par la fenêtre, en proie à une crise. Après une hospitalisation à Livourne où il détruit une grande partie du mobilier de l’hôpital, les médecins l’internent à hôpital psychiatrique de Volterra. Il passe alors la plupart des heures de la journée attaché à son lit. Craint pour sa force hors du commun, il est notamment connu pour briser les vitres des fenêtres, arracher radiateurs et robinets, ce qui lui cause de graves blessures aux mains.

Les objets de l’enfance… En 1978, après la mise en vigueur de la loi 180 qui prévoit la clôture et le démantèlement des hôpitaux psychiatriques, sa famille l’accueille à nouveau. Son premier geste, après tant d’années d’absence, est de se précipiter vers sa chambre pour ouvrir le tiroir où il gardait ses jouets. Ils sont tous là. Diagnostiqué « résidu asilaire irrécupérable », il retourne à l’asile l’hôpital de Volterra, non plus attaché mais toujours confiné, jusqu’en 1998. L’année suivante, il est accueilli par la doctoresse Ivanna Bianco et son équipe au sein du centre à « portes ouvertes » Franco Basaglia à Livourne où vient d’être créé l’atelier Blu Cammello sous la direction de Riccardo Bargellini.

Dans cette résidence où le respect de l’individu est à la base des soins thérapeutiques, Franco Belluci déambule librement. Bargellini s’intéresse particulièrement à cet homme craint dans la structure hospitalière. Il découvre ainsi que Franco effectue ses marches à un rythme pendulaire en tenant toujours dans ses mains imposantes de petits objets liés entre eux : sous-vêtements attachés à des récipients en plastique pris chez les femmes de ménage, bouts de tuyaux d’arrosage récupérés sur le matériel des jardiniers, chaussettes volées aux compagnons de chambre, etc. Par la suite Bargellini découvre que, chaque week-end, après avoir rendu visite à son frère, Franco revient avec un cadeau, très souvent une rallonge électrique, quelquefois des peluches.

Ces objets de quotidien deviennent aussitôt des matériaux pour de nouveaux assemblages qui remplacent les précédents. Explorant quotidiennement les bâtiments et le parc autour du centre pour ramasser les objets disséminés par Franco jusque sur les toits, Bargellini réussit à établir un contact. Il gagne enfin sa confiance en mettant à sa disposition par des voies détournées des objets et matériaux divers : le commencement d’un jeu et d’une histoire.

Le travail de Franco Bellucci a été intégré, en 2013, à l’exposition collective Banditi dell’Arte à la Halle Saint Pierre à Paris et présenté dans une exposition monographique au MADmusée de Liège en 2014-2015, tandis qu’un mur lui était dédié en même temps à la Maison rouge à Paris, pendant l’exposition Art brut, collection abcd/Bruno Decharme.

https://christianberst.com

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