La Bourse de commerce s’annonce comme « un musée consacré à l’art contemporain à travers le regard du collectionneur ». Inauguré à Paris en mai 2021, le chef d’œuvre de Tadao Ando, l’architecte auteur de la rénovation et mise en espace, accueille plusieurs expositions de plasticiens et photographes de renommée internationale. Parmi les expositions temporaires à ne pas manquer : Urs Fisher, Bertrand Lavier et Pierre Huyghe, jusqu’au 31 décembre.

10 000 œuvres, 400 artistes, composent la collection de François Pinault.

Présentée sous la Rotonde, l’installation la plus célèbre de l’artiste suisse Urs Fischer – Untiled, 2011 – est montrée pour la première fois en France. Urs Fischer a imaginé une « place publique ». Le grand groupe sculpté au centre repose sur un socle inspiré de ceux que l’on trouve sur les places publiques italiennes. Composée de sculptures en cire, il s’agit d’un groupe de bougies monumentales allumé au premier jour de leur exposition : la réplique grandeur nature d’un célèbre groupe sculpté de la période maniériste L’Enlèvement des Sabines (1579-1582) de Giambologna. Au fur et à mesure de la consumation, la cire se liquéfiant, ce qui semblait solide s’avère fragile et factice. Disposées autour, sept chaises (d’un tabouret africain à la banale chaise plastique en passant par le fauteuil d’avion), que contemple l’effigie de l’artiste Rudolf Stingel (ami d’Urs Fischer). L’ensemble est en discussion avec l’iconographie de la grande toile marouflée de la coupole qui le surplombe. Symbole de la mondialisation, l’installation répond aux représentations du commerce et des échanges entre les continents à la fin du 19ème siècle, marquées par l’idéologie coloniale et la culture folkloriste de leur temps. Quatre d’entre elles sont des modèles choisis par l’artiste dans les collections du Musée quai Branly – Jacques Chirac, un siège mandé du Mali, une chaise ashanti du Ghana, un siège bwa du Burkina Faso, un fauteuil oromo d’Ethiopie, tandis que les sièges d’avion et la chaise de jardin évoquent la standardisation.

Premier artiste invité à habiter les vitrines placées tout autour de la Rotonde, Bertrand Lavier propose une « rétrospective en vitrine », un parcours d’inspiration duchampienne. Dans ces espaces atypiques, Bertrand Lavier expose des objets et des formes qui font référence au quotidien, autant qu’à l’histoire de l’art, et qu’il joue à déplacer afin d’interroger leur valeur à travers l’assemblage (superposition, inversion, rébus…), le soclage, le prélèvement, etc. La valeur d’usage de l’objet est annulée ; il devient signe, matière à penser. L’artiste réinvestit avec humour des objets prosaïques, industriels, des procédés ; il explore la nature même de l’œuvre, la question de la signature, de la peinture, de l’original, et du geste artistique.

Avec Offspring, Pierre Huyghe propose dans le studiolo appelé « boîte noire » situé au sous-sol de la Bourse de Commerce, une installation à la manière d’une expérience sensorielle. Sur une variation des gymonoédiques d’Erik Satie, le visiteur est plongée dans un espace poétique. L’ensemble du projet auto-génératif est inspiré des Aventures d’Arthur Gordon Pym d’Edgar Allan Poe mais aussi d’un voyage entrepris par l’artiste pour témoigner de la vulnérabilité de l’environnement : une expédition polaire d’un mois à bord de la goélette Tara, vaisseau fuselé se hissant sur la glace au lieu de s’y briser. Son oeuvre protéiforme oscille, en équilibre, entre fiction et production de réel, entre érudition et pop culture, du biologique à l’artefact, de la science à la science-fiction, de la musique au cinéma, de l’architecture à la littérature, de l’archéologie à la philosophie, au fil de collaborations. Créateur de la société de production Anna Sanders Film avec Dominique Gonzalez-Foerster et Philippe Parreno, Pierre Huyghe se présente comme un « initiateur d’événements », dont la vidéo livre un témoignage fidèle. « Je m’intéresse, explique Pierre Huyghe, à l’aspect vital de l’image, à la manière dont une idée, un artefact, un langage peuvent s’écouler dans la réalité contingente, biologique, minérale, physique. Il s’agit d’exposer quelqu’un à quelque chose, plutôt que quelque chose à quelqu’un ».

www.pinaultcollection.com

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