Alexander Calder, scientifique contrarié

Tout ce qui touche aux machines passionne le jeune Calder, 18 ans, qui se lance en 1916 dans des études d’ingénierie mécanique. A Philadelphie (Etats-Unis), Alexander – surnommé Sandy pour sortir de la lignée des Alexander – s’intéresse à la géométrie, aux forces et aux mouvements et croit s’épanouir en choisissant un métier sérieux. L’étude du mouvement, des déformations et des équilibres anime cet esprit scientifique hors du commun. Mais, diplôme en poche, l’approche pratique lui semble soudain beaucoup moins attractive. L’amélioration des techniques et la mise au point de modes opératoires industriels l’éloignent de toute mécanique céleste. Après avoir occupé divers emplois d’ingénieur, Calder doit bien se l’avouer : il s’ennuie à mourir ! Il voulait échapper à l’atavisme familial, il ne voulait pas être sculpteur comme son grand-père écossais Alexander Miline Calder, ou comme son père, Alexander Stirling Calder, auteur de nombreux monuments publics à Philadelphie. Il ne voulait pas être peintre comme sa mère Nanette. Et pourtant, la création finit par l’emporter ! Rien ne vaut le bonheur qu’il éprouve, depuis l’âge de 8 ans, à confectionner de drôles d’animaux en laiton ou des bijoux fantaisie avec des bouts de ferraille récupérés. C’est décidé ! A 25 ans, il jette ses plans par dessus les moulins et court s’inscrire à l’Arts Student League de New York pour y étudier… la peinture. Rapidement, il devient illustrateur de presse magazine, puis dessine pour les spectacles du cirque Barnum. Il en vient à créer le Cirque Calder en donnant naissance à ses fameuses marionnettes, prémisses à ses célèbres mobiles. Calder a pris sa vie d’artiste en main et en deviendra l’une des figures majeures du XXe siècle !

Paul Cézanne : contraint au Droit

A 22 ans, Cézanne végète à Aix-en-Provence. Depuis toujours, tout ce qu’il entreprend est un échec. Ses études de droit, abandonnées. Le concours d’entrée à l’école des beaux-arts, raté… Par nécessité –et surtout vertement tancé par son père qui ne supporte plus l’oisiveté de son fils – le jeune homme se résigne à devenir simple employé dans la banque paternelle. Mais la finance l’assomme. Il ne rêve que d’une chose : passer ses journées à peindre, peindre et peindre encore ! Son désespoir et son ennui sont tels que Cézanne montre vite ses limites en matière de chiffres et de gestion de compte : son travail est lamentable. Faisant fi de la colère paternelle, il décide alors de quitter son emploi pour vivre aux crochets de sa riche famille bourgeoise et se consacrer à sa peinture. Son activité se résume à colorer ses toiles au fond du jardin. Et les années passent ainsi, sans que rien ne vienne troubler cette confortable oisiveté… Mais à 33 ans, lors de la naissance de son fils, Cézanne se décide enfin à quitter sa région natale pour s’installer à Auvers-sur-Oise, la ville des Impressionnistes. Las ! Lors de sa première exposition, la critique est acerbe. Blessé dans son amour-propre, il rejoint alors l’Estaque où il commence son cycle de peintures sur la Montagne Sainte-Victoire. Il a alors 56 ans. Le célèbre marchand d’art Ambroise Vollard le remarque et lui consacre sa première exposition personnelle. Et c’est la révélation… Le succès est fulgurant ! Le public s’arrache ses natures mortes et ses paysages colorés. Cézanne meurt en 1906, à 67 ans, au sommet de sa gloire. « Paul peut avoir le génie d’un grand peintre, il n’aura jamais le génie de le devenir », avait prédit Emile Zola, son ami d’enfance. L’écrivain a bien failli avoir raison !

Franz Kafka : gérant de supermarché ?

En 1907, Franz Kafka à 24 ans. Fils de marchands juifs prospères, il vit à Prague en Tchécoslovaquie, et a obtenu honorablement son doctorat de droit. Il entre alors comme employé au service des Assurances Générales, une compagnie réputée. Une simple étape car son père compte sur lui pour reprendre le supermarché familial. Sa voie est toute tracée. Kafka a des dispositions pour les chiffres, c’est indéniable ! Intelligent, il comprend les systèmes complexes et s’avère un excellent gestionnaire. Ses travaux lui valent d’ailleurs les compliments de sa hiérarchie. Mais le jeune Kafka a d’autres ambitions que celles de faire carrière dans les assurances ou dans le commerce ! Il veut écrire et ne pense qu’à ça. En 1908, il craque :  Il refuse désormais que ses interminables heures de travail empiètent sur son temps d’écriture. Il cherche alors un emploi alimentaire qui lui laisse suffisamment de temps libre et entre ainsi au service de l’Institution d’assurance pour les accidents des travailleurs du royaume de Bohême. Une vraie planque  et surtout une vraie source d’inspiration sur l’absurdité du monde ! Kafka y travaillera pendant 14 ans jusqu’à sa retraite prématurée en raison de la tuberculose qui commence à lui ronger le larynx. C’est pendant l’une de ces nuits blanches et agitées consacrées à écrire que, «comme ivre », Kafka met sur le papier Le Verdict (1913), puis La Métamorphose (1915). Malgré la maladie, sans relâche, il continue à noircir les feuilles de ses cahiers. Suit Le Procès (1925), puis Le Château (1926), célèbre roman dans lequel le héros appelé K. finit par se faire un nom. Mais hormis quelques publications par épisodes dans des revues, aucun roman complet ne sera diffusé de son vivant. Kafka meurt à l’âge de 41 ans dans l’anonymat le plus complet. Son souhait de brûler tous ses écrits et ses manuscrits ne sera pas respecté par son exécuteur testamentaire, à l’origine de la publication posthume de l’ensemble de l’œuvre. Merci à lui !

Louise Bourgeois : Formes, angles, plans, tangentes…

La jeune Louise Bourgeois aime jouer avec les représentations du monde, le mettre en coupe, l’ordonner selon des règles établies. Brillante élève, elle s’inscrit à la Sorbonne pour y suivre tout naturellement des études de géométrie. Mais, à 22 ans, la mort brutale de sa mère, son amie et confidente, va couper court à cette belle trajectoire. Eperdue de douleur, confrontée à son père, un architecte qu’elle juge volage et distant, elle tente de se suicider. Puis décide de faire face. Louise Bourgeois décide alors de changer de cap. Désormais, sa survie passera par l’art. « Pour exprimer des tensions familiales insupportables, il fallait que mon anxiété s’exerce sur des formes que je pouvais changer, détruire et reconstruire », confiera-t-elle plus tard dans son journal intime. Admise à l’École des Beaux-arts de Paris, elle y fait un bref passage, préférant étudier auprès des artistes eux-mêmes. Ses premiers dessins prennent la femme pour modèle, mêlant le corps à l’architecture, l’organique au géométrique : buste en brique, cage thoracique en forme d’escaliers ou de portes… Mais le fil rouge de son œuvre sera le phallus et l’araignée, qu’elle sculptera à l’envie. A 27 ans, Louise Bourgeois s’installe à New York avec son époux, un historien d’art américain, pour y poursuivre une brillante carrière. Une première rétrospective au célèbre musée d’art moderne de New York MoMa (Museum of Modern Art) lui est consacrée à 71 an. En 1999, le Lion d’or à la Biennale de Venise lui est décerné à 88 ans pour l’ensemble de son œuvre.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici