Caravage, peintre et condamné à mort

La vie du peintre Michelangelo Merisi Caravaggio –dit le Caravage–, ponctuée de sang, de cris et de cavales, commence à Milan, en 1571 dans une famille de marquis, protecteurs des artistes. D’un caractère très emporté, il aurait fait de la prison dès son plus jeune âge, mais les faits ne sont pas attestés. Arrivant à Rome à 21 ans dans le plus grand dénuement, il enchaîne les petits travaux alimentaires de peintre portraitiste avant d’entrer au service du cardinal del Monte, l’un des plus grands collectionneurs de la ville, proche de la famille des Médicis. C’est là qu’il perfectionne sa technique du clair-obscur qui le rend rapidement célèbre, même si un parfum de scandale accompagne chacune de ses toiles. On murmure même qu’il a pris un cadavre pour modèle de la Vierge dans l’un de ses tableaux… Alcoolique et bagarreur, il fréquente les bas-fonds et effectue plusieurs séjours en prison pour diverses rixes. Mais en 1606, à l’âge de 35 ans, il tue un homme lors d’un duel. Contraint de fuir, il est condamné à mort par contumace. Réfugié à Malte, il obtient la protection des chevaliers de l’Ordre et en devient exceptionnellement membre en raison de ses qualités artistiques alors que ce statut est réservé aux nobles. Mais, deux ans plus tard, il fuit à nouveau, accusé d’avoir séduit le fils d’un haut dignitaire. Il est déchu de l’Ordre comme élément « pourri et fétide ». Sa vie est ensuite un road-movie à travers l’Italie, où il ne cesse jamais de peindre pour autant. Il meurt de maladie à l’âge de 39 ans alors qu’il s’est embarqué pour Rome où il espère obtenir le pardon du Pape.

François Villon, poète et assassin

Né probablement en 1431, François de Montcorbier – dit Villon du nom de son père adoptif – devient jeune clerc dans une France encore très agitée à l’issue de la guerre de Cent ans. Frondeur, il participe à de nombreuses rixes estudiantines et tue, à 24 ans, le prêtre Philippe de Sermoise en lui envoyant une pierre au visage pour des raisons encore obscures. Déjà auteur de ballades, il fuit Paris pour trouver refuge à Blois auprès de son mécène, Charles d’Orléans, pour qui il compose. Emprisonné à Meung-sur-Loire en 1461, puis libéré, il tente en vain de retrouver la grâce royale avant de replonger dans les bas-fonds où il commence à composer son œuvre majeure : le « Testament ». Mais dénoncé par un complice pour un cambriolage de jeunesse, il est à nouveau incarcéré à l’âge de 31 ans, torturé et condamné à la potence. Il compose alors la célèbre « Ballade des Pendus » en attendant l’exécution de la sentence, quand sa peine est  commuée en 10 ans de bannissement. Il quitte définitivement Paris à 32 ans, ne faisant plus jamais parler de lui. On ignore même la date de sa mort. A-t-il rejoint la Coquille, cette mafia de brigands qui sévissait alors dans le nord de la France ? S’est-il rangé ? A-t-il sombré dans la misère ? Ce mystère a fortement contribué à créer la légende de Villon.

Le Marquis de Sade, écrivain et pervers sexuel

Donatien Alphonse François, comte de Sade –dit « le marquis »– né le 2 juin 1740 à Paris, est l’héritier d’une des plus anciennes maisons de Provence. Il sera détenu, sans jugement, sous tous les régimes (monarchie, république, empire) et passera en tout vingt-sept années en prison. Son crime ? Une vie de débauches marquées par de multiples agressions sexuelles et ses écrits, jugés violents et érotiques par la censure. A 19 ans à peine, alors qu’il est capitaine au régiment de Bourgogne, il traîne déjà une réputation exécrable. Pour tenter de canaliser un fils qu’il sent capable de faire « toutes sortes de sottises », son père lui fait épouser à 23 ans une jeune fille issue d’une petite noblesse de robe très fortunée, qui le soutiendra presque toute sa vie malgré les innombrables scandales. Accusé à de nombreuses reprises d’enlèvement, de violence sexuelle et d’actes de barbarie sur de très jeunes filles, dont beaucoup porteront plainte, Sade passe une grande partie de sa jeunesse en fuite entre l’Italie et la France. Arrêté finalement à Paris à 37 ans, il reste 13 ans enfermé entre Vincennes et La Batille où il écrit les « 120 jours de Sodome ». Libéré en 1790 après l’abolition des lettres de cachet, il survit en écrivant des ouvrages clandestins obscènes comme « Justine ». Ses écrits sont condamnés par le Consulat mais, sur intervention de sa famille, il échappe de peu à la prison à 61 ans et obtient à la place d’être enfermé dans des conditions privilégiées à l’asile psychiatrique de Charenton où il mourra à 74 ans.

Jean Genet, homme de théâtre, prostitué et voleur

Enfant de l’assistance publique, Jean Genet, né à Paris en 1910, pourtant excellent élève, commet son premier vol à l’âge de 10 ans. Il fugue de chez sa famille adoptive à 13 ans, refusant son placement dans un établissement d’apprentissage des métiers. Rattrapé, il est enfermé dans un centre destiné à réhabiliter les jeunes délinquants. Genet s’engage à 18 ans dans la Légion étrangère, mène quelques missions en Afrique du Nord avant de démissionner. Revenu à Paris après une période de vagabondage et de prostitution à travers l’Europe, il effectue plusieurs séjours à Fresnes pour vols et usage de faux papiers. Il y écrit ses premiers récits dont « journal d’un voleur » et « Notre Dame des Fleurs » qu’il édite à compte d’auteur. Jugés pornographiques en raison de leur caractère homosexuel, ses ouvrages circulent sous le manteau. Genet réussit à se faire remarquer par Cocteau qui l’aide à trouver un éditeur et intervient auprès du président de la République, aidé par Jean-Paul Sartre et Picasso, pour lui éviter d’être déporté au bagne de Cayenne à l’issue d’un nouveau forfait. Sa réputation sulfureuse assure dès lors le succès de ses pièces comme « Les Paravents », qu’il monte à Paris. Il s’engage également dans les années qui suivent dans de nombreux combats politiques, défendant les Black Panthers aux Etats-Unis ou soutenant l’Organisation de libération de la Palestine. Mais toxicomane, Genet retourne peu à peu à sa vie marginale. Atteint d’un cancer de la gorge, il meurt à l’âge de 76 ans.

Thomas Chatterton, poète et faussaire

Aussi talentueux que précoce, le jeune Thomas Chatterton, né en 1752 à Bristol (Grande Bretagne), écrit ses premiers poèmes à l’âge de 11 ans. Avide de reconnaissance mais craignant que sa condition modeste ne soit un frein, il n’hésite pas à falsifier ses écrits : il rédige des poèmes, des drames et des épopées moitié en anglais moderne, moitié dans un pseudo-anglais médiéval pour les faire passer pour ceux d’un moine imaginaire du XVe siècle du nom de Thomas Rowley. Il affirme alors avoir trouvé les manuscrits dans un coffre poussiéreux au fin fond du grenier d’une vieille église. Cette découverte a un retentissement considérable et remet au goût du jour le style « gothique ». Seuls quelques sceptiques contestent l’authenticité des documents. Lorsque la supercherie est enfin découverte, Thomas Chatterton est obligé de fuir à Londres. Il y commence une carrière d’écrivain public, rédigeant des lettres d’affaires et des suppliques mais aussi des pamphlets et des poèmes, sans jamais parvenir à faire fortune. Misérable, il se suicide quelques mois plus tard, à l’âge de 18 ans, en avalant de l’arsenic. C’est à cette mort précoce qu’il doit sa renommée, les Romantiques s’emparant de cette icône tourmentée pour en faire un héros tragique. Mais sa disparition fut peut-être moins glorieuse que ne le veut pas légende. Des recherches récentes laissent en effet entendre qu’il se serait empoisonné accidentellement en tentant de soigner une maladie vénérienne…

Arthur Rimbaud, poète et marchand d’armes

Né dans les Ardennes en 1854, Arthur Rimbaud est un jeune élève brillant, remarqué très tôt par ses professeurs. Mais sensible et instable, il multiplie les fugues et les courts séjours en prison pour vagabondage. Sûr de son talent, il veut devenir poète ou journaliste et rédigera, entre l’âge de 15 ans et de 20 ans, une oeuvre qui figurera parmi les plus belles de la littérature française, comme « le Dormeur du Val ». L’une de ses fugues le conduit à Paris à l’âge de 17 ans, où il rencontre Verlaine, jeune poète très à la mode, à qui il montre « Le Bateau ivre ». Séduit autant par le génie que par la beauté du jeune homme, Verlaine noue avec lui une relation passionnelle qui durera 3 ans. Elle se terminera dans la violence à Londres : lors d’une dispute, Verlaine blesse Rimbaud avec une arme à feu. Rentré chez lui en Belgique, Rimbaud cesse alors définitivement d’écrire. Il entame alors une vie d’aventurier et de commerçant à Aden, dans la Corne de l’Afrique, où se concentrent à l’époque de très nombreux trafiquants d’armes. Il devient gérant d’un comptoir de marchandises et affiche désormais un grand cynisme : « N’allez pas croire que je suis devenu marchand d’esclaves. Les marchandises que nous importons sont des fusils… », écrit-il à sa famille restée en Belgique. Atteint d’un cancer des os, il reviendra à Marseille pour mourir dans un hôpital à 37 ans après avoir été amputé d’une jambe.

Carlo Gesualdo, musicien et meurtrier

Considéré comme l’un des meilleurs représentants du madrigal italien, aux côtés de Monteverdi, Carlo Gesualdo, né en 1566 à Naples, vit la musique comme une obsession, composant sans cesse. Il doit surtout d’être passé à la postérité pour ses accès de violence. Marié à l’âge de 20 ans à sa cousine, il feint un jour de partir à la chasse et revient subrepticement chez lui pour la surprendre en flagrant délit d’adultère. Aidé de ses valets, il la tue alors à coups de couteau, pend son rival, le duc d’Andria, et expose leurs corps à la vue de tous devant son palais. Gesualdo appartenant à la noblesse, il n’est pas poursuivi par la justice mais doit fuir dans ses terres pour échapper à la vengeance des deux familles. Ce meurtre spectaculaire le rend aussitôt célèbre. Quatre ans plus tard, à 28 ans, il épouse en secondes noces l’une des nièces du duc de Ferrare. Peu à peu, le compositeur sombre dans une folie sado-mystique, s’infligeant des séances de pénitence au caractère très érotique impliquant de jeunes éphèbes. Il est retrouvé mort, nu, à l’âge de 47 ans, à l’issue de l’une de ces séances.

Sid Vicious, drogué, provocateur et meutrier

Sid Vicious, de son vrai nom John Simon Ritchie, est né à Londres en 1957. Elevé par sa mère, toxicomane et dealeuse, il est livré à lui-même dès l’âge de 8 ans. John fréquente les gangs puis joue de la batterie sous un premier nom d’artiste, John Beverley. Mais un soir de concert, sous l’effet de la drogue, il blesse grièvement une spectatrice. Incarcéré pendant une semaine, il est considéré comme un martyr punk à sa sortie. Il rencontre alors Johnny Rotten, le chanteur d’un groupe obscur baptisé Sex Pistols, qui le surnomme « Sid Vicious » du nom de son hamster, associé au mot « vicieux ». Sid rejoint le groupe comme bassiste en 1977 et contribue à lui faire connaître une gloire internationale grâce, notamment, à une version jugée scandaleuse de God Save The Queen.  Mais, toxicomane et violent, il quitte le groupe un an plus tard et sera arrêté à New-York pour le meurtre de sa petite amie retrouvée morte poignardée dans sa chambre d’hôtel. Il est rapidement libéré après que Malcolm McLaren, le manager du groupe, a payé la caution de 50 000 dollars. En attente de son procès, il  meurt d’une overdose d’héroïne le 2 février 1979, à l’âge de 22 ans.

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