Née à Hrazdan, en Arménie, en 1990, émigrée en Espagne, Araks Sahakyan est une artiste engagée et trans-disciplinaire installée désormais à Paris. Elle est diplômée de l’École Nationale Supérieure d’Arts de Paris-Cergy (ENSAPC) avec les félicitations du jury à l’unanimité. Araks Sahakyan est l’une des trente artistes participant à la Drawing Factory, lieu de dialogues, d’expérimentations visant à promouvoir le dessin contemporain. Ancien hôtel situé dans le 17e arrondissement : 5 étages, 1500 m² d’espace de création, 30 ateliers et 6 mois de visibilité jusqu’au 20 septembre 2021.

Portrait de Araks Sahakyan par Jeanne Labracherie

Situé au 11 avenue Mac Mahon à Paris 17e, la Drawing Factory est une initiative de Christine Phal, fondatrice du Drawing Lab Paris, de Carine Tissot, directrice de Drawing Now Art Fair et du Drawing Hotel, avec le Centre national des arts plastiques (Cnap) et en partenariat avec SOFERIM, promoteur immobilier.

Propos recueillis par Jeanne Labracherie

Pouvez-vous nous parler de votre choix de participer à la Drawing Factory, ce nouveau lieu de résidence dédié au dessin ?

Je me suis présentée à Drawing Factory car avant tout, je me considère comme une artiste dessinatrice concevant un espace dans sa globalité. La question du dessin est omniprésente dans mon travail. Avant, je travaillais la vidéo et la performance, puis je me suis lancée dans le projet PaperCarpet. Actuellement, je travaille beaucoup le dessin et me présenter à la Drawing Factory était pour moi une belle opportunité pour travailler davantage dans le médium, le plus primitif de l’art: le dessin.

Chaque artiste dispose d’un atelier. Le votre est le numéro 42, situé au quatrième étage… Comment se passe l’organisation ?

Avant de postuler à la Drawing Factory, je ne pensais pas être si bien accompagnée, je pensais que c’était juste un lieu de travail pour avancer dans nos créations avec d’autres artistes, car nous sommes trente artistes à être en résidence. Il y a des journées professionnelles organisées avec des journalistes. Je suis également surprise par les collègues, artistes avec beaucoup de talents et des médiums très différents comme Camille Chastang, Gabrielle Kourdadzé, ou encore Odonchimeg Davaadorj. Le fait d’être confrontée à d’autres médiums te met face à ta propre création et te fait réfléchir à des questions auxquelles tu penses et d’autres auxquelles tu ne pensais pas forcément.

J’ai un atelier de 25 m², donnant sur l’avenue Mac-Mahon, au quatrième étage. Travaillant en regardant le ciel, j’ai demandé à être dans un atelier à l’étage le plus haut possible. Pour moi c’est important car en ce moment, je travaille en m’inspirant des fenêtres, qui sont à la fois un moyen d’être séparé de la vérité mais également qui nous empêche d’avoir froid ou chaud.

Araks Sahakyan dans son atelier, à la Drawing Factory, par Jeanne Labracherie

Quelles sont les œuvres actuellement visibles dans votre atelier ?

J’ai réalisé une installation immersive que j’ai appelé « J’ai voulu construire une maison avec des miettes brûlées ». Cette dernière est une installation où je me questionne sur le concept de la maison et du foyer. Vous pouvez y trouver des travaux terminés ou en cours de création. Je me questionne sur les différentes maisons dans lesquelles j’ai vécu et je raconte mes souvenirs dans ces lieux. Souvent les gens pensent que j’ai des problèmes d’identité, bien au contraire, je sais très bien qui je suis et que tous ces lieux où j’ai habité ont alimenté ma vie et mon identité. Ce questionnement, je me le pose dans mes créations depuis plusieurs années.

Comment êtes-vous passée de la performance au dessin ?

Avant ce désir de m’engager dans cette pratique artistique, je faisais de la performance. C’était pour moi, un moyen pour moi de communiquer des idées que j’avais envie de faire passer. Après mon diplôme, j’ai fait l’expérience de la peinture et du dessin et j’ai donc réalisé le projet de PaperCarpet. Une partie en binôme avec Ramón Rico Carpena mais également individuellement. Il s’agit d’un projet où je questionne le dessin, où je m’inspire des tapis, objets omniprésents dans les foyers de mon enfance, des territoires dont la bordure me font penser à une frontière entre chaque histoire. Pour moi, l’Histoire avec un grand H est l’assemblage de petites histoires. Finalement, il y a ce grand dessin composé de pleins d’éléments, dont certains issus de mes archives personnelles.

Je réalise des dessins en collage à partir de montages Photoshop puis je les organise au mur à l’aide d’adhésifs. Chaque feuille A4 possède une place qui lui est dédiée et participe à la formation d’un tapis. Une fois le dessin réalisé, je le fais tisser en un vrai tapis fabriqué en Arménie. Mon travail s’inspire de la technique traditionnelle de la reliure. Mes tapis se composent de plusieurs feuilles A4, qui une fois détachées, peuvent rentrer dans une valise pour voyager.

Quelles sont vos inspirations ? Votre univers semble se nourrir de la couleur

Mon travail est très coloré mais je pense qu’à partir d’octobre cela va évoluer. Je travaille sur l’aboutissement la fin du projet Paper Carpet. Dans l’œuvre principale de l’atelier, j’ai pour la première fois intégré un tapis dans un tapis pour une idée de perspective. On y retrouve les motifs du papier peint d’origine lorsque je me suis installée dans l’atelier 42. Les fenêtres dessinées sont inspirées de chez moi. On y voit un avion, symbole de voyage et liberté qui vole d’une fenêtre à l’autre jusqu’à l’Arc de triomphe situé à côté de la Drawing Factory. Il y a également un bâtiment soviétique de mon enfance en Arménie. Quant à la plage, elle représente les plages d’Alicante lorsque nous avons fuit avec ma famille en Espagne.

Les questions de frontières, de territoires, de rapport au collectif se retrouvent beaucoup dans votre travail, pouvez-vous nous en dire plus ?

Le terme de territoire est souvent associé à la géopolitique car lorsqu’on parle de territoire on pense aux guerres et aux frontières. Pour moi, les guerres ne sont que des communications inabouties. Mais les territoires que je questionne sont également les territoires intimes et corporels. En effet, je pense que le fait d’avoir travaillé la vidéo et la performance m’a permis de questionner le corps en tant que corps pur, en tant que corps esthétique sans valeur géopolitique ni politique. Les frontières sont des lignes abstraites qui bougent, qui nous unissent tout en nous différenciant.

Quelles sont les sources de votre créativité ?

Avant tout, je suis musicienne. Pour moi, la musique est le summum de la création mais parfois j’ai envie de m’exprimer autrement. Ce désir d’expression passe par d’autres médiums tels que la vidéo ou le dessin. Je vois le dessin comme la danse, ce sont les gestes primitifs; avant on dessinait ce qu’on voyait autour de soi. J’ai une pratique pluridisciplinaire mais pas seulement, c’est surtout transdisciplinaire. En effet, dans mes installations je mélange toujours   dans l’espace : dessin, vidéo, musique, odorat (par exemple celle du pain grillé). J’aime mélanger toutes ces pratiques car cela donne une vérité que je souhaite montrer.

Comment décririez-vous votre expérience à la Drawig Factory ?

A la Drawing Factory, je suis confrontée à ma propre création, ce qui change ma méthode de travail. De plus, je pense que les autres artistes qui m’entourent ont beaucoup de talent et il n’y a plus ce sentiment de concurrence que je pouvais ressentir lors de mes études. Aujourd’hui, on est centré sur l’art et l’enrichissement de la création. Enfin, l’équipe derrière la Drawing Factory est géniale, ils sont très sympathiques et organisent des journées professionnelles pour nous ouvrir une fenêtre à la réalité professionnelle.

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