Raphaëlle Peria utilise l’image comme support pour mener un travail de l’ordre du dessin. Sa particularité ? Une technique de grattage dont elle se sert pour faire apparaître de nouvelles formes et révéler les éléments de la photographie. Représentée par la galerie Papillon, elle est l’une des trente artistes invités à Drawing Factory, une résidence dédiée au dessin, située dans un ancien hôtel, au 11, avenue Mac-Mahon, à Paris. Jusqu’au 20 septembre 2021.

Par Coraline Le Pichon

Raphaëlle Peria, La touffe d’herbe, grattage sur photographie, 60 x 40 cm, 2019

Quel parcours vous a amené à l’art ?

Après un baccalauréat scientifique, j’ai eu envie de faire du dessin. A la fin de mes cinq ans aux beaux-arts en Bretagne j’ai décidé de faire un master d’art contemporain à Saint-Denis tout en participant à des concours ou des bourses pour les jeunes artistes. C’est comme cela qu’en parallèle de mon parcours universitaire j’ai intégré la galerie Papillon, qui me représente encore aujourd’hui, j’y ai réalisé mes premières expositions.  

Quel a été le déclic du grattage sur photographie ?

La photographie par grattage est arrivée par hasard. Aux beaux-arts je faisais surtout de la peinture et de la gravure. Après mon premier diplôme qui s’obtient au bout de trois ans j’ai décidé de partir pendant un an faire le tour du monde. Durant ce voyage je ne pouvais pas emmener du matériel de peinture, de gravure. J’ai donc simplement pris un appareil photo. Au départ c’était plutôt dans une démarche par rapport à ma propre mémoire et par rapport aux différents souvenirs que j’avais de ce voyage et la manière dont la photographie était une mémoire fiable de ces souvenirs en comparaison avec ce dont je me rappelais, qui c’était forcément transformé. J’ai commencé à peindre sur les photographies, à les effacer avec des acides et tout ce qui pouvait effacer la surface de la photo jusqu’à ce j’essaie d’effacer dessus, c’est intéressant parce que j’avais en même temps l’effacement et en même temps je pouvais mettre de la matière sur l’image. Je travaille beaucoup plus sur le paysage. Je me suis beaucoup posée la question de la relation entre l’homme et le paysage.

Quels sont les ressorts de votre engagement pour l’écologie ?

Petit à petit j’ai voulu évoquer des sujets plus écologiques. Je vais sur place prendre des photographies lors de nouveaux voyages. Je vais dans des lieux où la nature est un peu perturbée par l’homme, déforestation, inondation …  Le choix de la destination se fait à travers un article, une émission radio dans lequel ils parlent d’un lieu qui va m’interpeller. Je vais alors faire beaucoup de recherches là-dessus puis je vais aller faire des photographies sur place pour les retravailler quand je rentre. En partant j’ai déjà une idée de ce que je veux prendre en photo, de ce que je vais vouloir garder en photo et ce que je vais vouloir mettre en dessin. Par exemple quand je suis allée sur les ruines des temples au Cambodge, je m’y suis rendue pour y trouver une plante rare que je n’ai pas trouvé.  Une fois que j’ai vue les temples avec toute ces plantes qui venait s’enraciner dessus. J’avais envie de travailler comme les archéologues c’est-à-dire de venir gratter toutes les plantes un peu comme si je venais faire des fouilles, je laisse la pierre à découvert et j’enlève les plantes. Ce que j’avais envie de mettre en avant c’était l’architecture qui reste donc la trace de l’homme et en même temps par le dessin de mettre en avant tout ce qui était végétal et que ça se mettent vraiment en opposition photo et dessin ruines et végétal du donc homme et nature de chaque côté.

Raphaëlle Peria, Cartographie sous marine#1, peinture et grattage sur photographie, 60 x 80 cm, 2020

Qu’est-ce qui vous inspire, ou vous hante dans le souvenir oublié ?

C’est un peu moins fort aujourd’hui mais je pense que c’est toujours présent d’une manière différente, puisque je mets un point d’honneur à ce que ce soient mes photographies que je retravaille. Au Cambodge par exemple ce que je n’avais pas prévu de mettre de la dorure dans mon travail, puis finalement, quand j’étais sur place dans les temples j’étais tellement chargée d’une émotion sacrée et c’est comme ça que la dorure est arrivée ; c’est plutôt vraiment relier à mes souvenir à ma propre impression sur place.Par le grattage c’est que je viens retirer la plupart du temps les plantes pour évoquer l’idée de la destruction de l’homme sur la nature. Je pense qu’on le comprend bien sur la série sur les coraux quand je viens gratter le coraille il blanchit et quand nous nous polluons l’eau, le corail meurt et il devient blanc. Ce que je fais sur la photo c’est métaphoriquement ce que nous on fait sur la Planète.

Y-a-t-il des artistes qui vous ont inspirée dans votre travail ? 

Pour le travail de l’effacement au tout départ y une œuvre de Rauschenberg. Rauschenberg demande à de Kooning lui donner un dessin pour pouvoir l’effacer, de Kooning va faire un dessin super compliqué pour qu’il ait du mal à l’effacer ? De tout l’effacement il reste quelques points du dessin. Quand moi j’ai commencé à effacer mes œuvres l’idée était de revenir au blanc total sur la photographie. Des artistes aussi qui fond du dessin comme Kiki Smith qui a un dessin très précis très minutieux mais aussi beaucoup d’artistes qui travaillent sur l’écologie.

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