Domaine des rois, la forêt de Fontainebleau est depuis le XIXe siècle, un lieu d’inspiration et de conquête des peintres, photographes et poètes. A la recherche d’une fantaisie paysagère ou d’un retour à des sources claires, ils y ont séjourné, d’autres s’y sont installés.


Avec plus de 22 000 hectares de nature préservée, la forêt de Fontainebleau compte parmi les plus beaux joyaux du mécénat royal. Jusqu’au XIXe siècle ce sont donc particulièrement les princes qui séjournent au château. Au courant du siècle, les peintres et les poètes colonisent la région. Avec la création de la couleur en tubes en 1841, la mode n’est plus aux thèmes académiques des mythologies et des récits d’histoire, elle est au plein air, des plaines désertes aux forêts denses. Comme en témoigne la toile de l’artiste contemporaine Tatiana Ivchenkova, la région est toujours l’une des plus prisées pour un paysagiste.

Barbizon, le village des peintres

Entre 1800 et 1870, les peintres se sont succédés au village de Barbizon (Seine-et-Marne) qui connait alors son âge d’or. On y compte parfois jusqu’à 150 peintres pour un total de 300 habitants. Une vraie colonisation des artistes français et étrangers qui s’installent dans les épiceries transformées en auberges comme celle de la mère Ganne – la plus importante, aujourd’hui devenu un musée – ou dans des maisons plus modestes. On y peint les chênes, les hêtres et les paysans.

Jean-François Millet, Les glaneuses, 1857

Jean-François Millet (1814-1875) fait partie de ces artistes qui s’installent de façon définitive dans la région. Il arrive à Barbizon en 1849 et y achète une maison très modeste. Fils d’une famille aisée, il s’intéresse au difficile quotidien des paysans et des ouvriers agricoles. Les Glaneuses est à ce jour l’oeuvre qui fait sa plus grande renommée même si celle-ci concerne son oeuvre intégrale. Malgré plusieurs récompenses au Salon, Millet ne côtoie pas les milieux mondains parisiens et ne jure que par sa vie modeste barbizonnaise. Dès son arrivée, il fait la rencontre de Théodore Rousseau (1812 – 1867), installé depuis 1844 dans la région et avec qui il construit une belle complicité.

Théodore Rousseau, Paysage de forêt au soleil, v. 1845-1855

Théodore Rousseau, lui, est un peintre de paysage. Contrairement à son ami, celui qu’on surnomme « L’éternel refusé des Salons » n’a que peu de succès dans ces institutions qu’il côtoie pourtant quotidiennement. Lui ne choisit pas le thème privilégié de Millet que sont les paysans et les champs, il peint la forêt dans son entièreté et joue avec la lumière qui se glisse parmi les feuillages. Il est rejoint par Narcisse Diaz de la Pena (1807-1876), lui aussi paysagiste amoureux du village de Barbizon.

Narcisse Diaz de la Pena, La ramasseuse de bois, 1866

Diaz de la Pena est l’un des nombreux artistes résidant dans l’auberge de la Ganne et les anecdotes sont nombreuses quant à l’amusement des colons que provoquait son caractère bout-en-train. Ce peintre, d’origine espagnole mais né à Bordeaux, est considéré comme l’un des principaux précurseurs du mouvement impressionniste. Nombreux sont les impressionnistes qui passent plus tard dans ce village, lieu de pèlerinage que ces peintres considèrent comme la « Jérusalem céleste ».

La sensibilité qui ressort de la forêt de Fontainebleau a bien-sûr touché les plus grands auteurs, très tôt d’ailleurs car des auteurs comme un certain Jean de la Fontaine (1621-1695) y aurait consacré une partie de son oeuvre. Au XIXe siècle, quasiment tous y passent. Victor Hugo en est l’exemple et y dégage ces vers :

Quand je suis parmi vous, arbres de ces grands bois,

Dans tout ce qui m’entoure et me cache à la fois,

Dans votre solitude où je rentre en moi-même,

Je sens quelqu’un de grand qui m’écoute et qui m’aime !

Victor Hugo, extrait de Aux Arbres, Les Contemplations

Comme beaucoup d’auteurs, l’écrivain des Misérables s’est aventuré dans les bois de la forêt. Des noms aussi connus que Baudelaire, Verlaine, Lamartine, Banville, Gauthier s’y sont succédés. Certains auteurs s’y retrouvent aussi pour consommer leur ménage, comme Alfred de Musset et George Sand…

Et nous, vivons à l’ombre, ô ma belle maîtresse !

Faisons-nous des amours qui n’aient pas de vieillesse ;

Que l’on dise de nous, quand nous mourrons tous deux :

Ils n’ont jamais connu la crainte ni l’envie ;

Voilà le sentier vert où, durant cette vie,

En se parlant tout bas, ils souriaient entre eux.

Alfred de Musset à George Sand

D’autres y séjournent pour écrire, comme Apollinaire lors de ses permissions durant la guerre de 14-18, ou encore Jacques Prévert et Jean Cocteau qui y trouvent une source d’inspiration pour leurs hymnes à l’amour.

Tu vois, … je n’ai pas oublié

la chanson que tu me chantais !

c’est une chanson

qui nous ressemble,

toi qui m’aimais

moi qui t’aimais…

Jacques Prévert

Ainsi, Barbizon est devenu au cours du XIXe et du XXe siècles le lieu de pèlerinage d’auteurs du monde entier. Les traces de leur passage est très largement visible aujourd’hui et beaucoup de lieux sont préservés et font l’objet de visites (maison et atelier de J.-F. Millet, auberge de Ganne, etc.). La forêt de Fontainebleau, elle, fait l’objet de multiples programmes de préservation. En quelques décennies, ce domaine royal séculaire est devenu une colonie de poètes inspirés.

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