Guy de Rougemont, en décembre 2017 chez lui, à Marsillargues, par Alexia Guggémos

L’artiste Guy de Rougemont s’est éteint à Marsillargues (Hérault), le 18 août 2021, à l’âge de 86 ans. Designer, peintre, sculpteur, membre de l’Académie des Beaux-Arts, il a inventé des formes nouvelles et décloisonné les arts plastiques cinquante ans avec Jeff Koons ou Takashi Murakami. Un pionnier !

Dès 1967 Guy de Rougemont a bouleversé les codes des arts visuels et l’esthétique industrielle, passant du plan au volume, de l’objet au monumental. Ses saillies de couleurs font scandale lorsqu’il transforme le showroom Fiat des Champs-Élysées en un paysage de lignes serpentines. Les affiches publicitaires qu’il réalise alors pour le constructeur italien sont placardées dans toute la ville. Non sans faire grincer des dents. Aujourd’hui, on parlerait de « coup de maître » ! L’affiche de la Fiat 850 signée de son nom est ainsi affublée d’un graffiti : « le peintre vendu », tandis que la révolte ouvrière monte chez Citroën et que le général de Gaulle devient la cible de quolibets rageurs préfigurant « La chienlit, c’est lui. » En Mai 68, Guy de Rougemont, dont le cœur bat à gauche et qui a répondu au premier appel de l’abbé Pierre en février 1954, est chauffé au fer rouge, tout comme ses amis figuratifs, prêt au soulèvement qui s’annonce. « La guerre d’Algérie m’avait révolté. Je venais de consacrer 31 mois de ma vie enrôlé dans une lutte abominable. »

Portrait de Guy de Rougemont par Vincent Bioules (détail)

Né à Paris le 23 avril 1935, Guy de Rougemont débute sa carrière par un séjour à la Casa de Velázquez, un lieu d’accueil d’artistes à Madrid, de 1962 à 1964, avant de suivre les cours de l’École nationale supérieur des arts décoratifs à Paris jusqu’en 1968. Dès 1965, il participe à la Biennale de Paris et se rend à New York où il expose pour la première fois et se fait repérer. C’est là qu’il apprend la technique sérigraphique. De retour à Paris, c’est Mai 68. L’Ecole des Beaux-Arts de Paris est en effervescence. « La beauté est dans la rue », « La lutte continue », « Nous sommes tous indésirables… » Les affiches et les slogans façonnent le mouvement contestataire unique dans l’histoire de l’art.

« En Mai 68, lorsqu’il a fallu réfléchir à la façon dont nous pouvions diffuser nos idées, j’ai pensé au procédé d’impression sérigraphique rapide que je venais d’expérimenter aux États-Unis », confie le peintre, acteur majeur de cette époque, connu pour avoir inventé des formes nouvelles et décloisonné les arts plastiques. Il faut dire que l’artiste a de qui tenir ! Ses aïeux se sont illustrés dans l’usage de la gravure de propagande au service de Napoléon, avec le Prince Murat, et l’introduction de la lithographie en France avec le peintre et graveur Louis-François Lejeune (1775-1848). « Les Américains utilisaient la sérigraphie pour marquer les caisses d’équipement militaires à partir du système du pochoir pendant la Seconde guerre mondiale. »

L’oeuvre la plus marquante à Paris : les colonnes peintes de la « Mise en couleur du musée d’Art moderne de la ville de Paris », et aussi les cylindres érigés dans le Parc métropolitain de Quito (Equateur) ou dans le musée à ciel ouvert de Hakone (Japon), dans l’hôpital Saint-Louis à Paris, sur la place Albert-Thomas à Villeurbanne (Rhône).On compte parmi les œuvres les plus notables de cet artiste pluridisciplinaire le dallage du parvis du musée d’Orsay ou une peinture murale de 300 mètres de long dans le Centre d’accueil et de soins de Nanterre, ainsi que trente kilomètres d’autoroute de l’Est, rythmés de formes géométriques.


LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici