Le Musée d’Art Moderne et Contemporain de la ville de Strasbourg, en partenariat avec le Kollwitz Museum de Cologne, organise une rétrospective de Käthe Kollwitz (1867-1945), figure majeure du renouveau de la gravure allemande de la fin du XIXe siècle. Du 4 octobre 2019 au 12 janvier 2020.

Aux côtés de grands personnages comme Max Klinger (1857-1920), Käthe Kollwitz jouit d’une reconnaissance internationale pour ses nombreux travaux. Le musée accueille ainsi l’exposition Käthe Kollwitz. « Je veux agir dans ce temps » regroupant une collection de 170 oeuvres qui sont majoritairement des lithographies et des eaux-fortes. Activiste assumée, Kollwitz choisit de produire des gravures originales pour représenter des sujets sombres comme les révoltes, la révolution, la mort, la condition sociale des ouvriers et enfin, le rapport de la mère et son enfant. Une Révolte des Tisserands, portfolio qu’elle crée entre 1893 et 1898, figure comme l’oeuvre la plus célèbre de sa carrière.

Enfant, Käthe montre un talent certain pour le dessin. Son père la pousse à apprendre la gravure auprès de l’artiste Rudolf Mauer puis à rentrer en 1886 dans l’atelier de Karl Stauffer-Bern 1857-1891). Elle y adopte la technique de l’eau-forte et choisit comme matrice de prédilection le cuivre. Durant son apprentissage, elle se marie avec Karl Kollwitz, médecin généraliste et fervent défenseur de l’idéologie socialiste comme elle, qui installe son cabinet dans un quartier pauvre de Berlin où elle peut observer les conditions de vie du prolétariat allemand. Après sa formation, Kollwitz découvre l’oeuvre symboliste du graveur Max Klinger (1857-1920), ainsi que son traité sur l’usage de la gravure Malerei und Zeichnung (1885). Klinger promeut la capacité de la gravure, de part sa technique, à représenter la misère et la part sombre de la vie.

La gravure a la possibilité d’être exposée en portfolio et a donc une capacité de narration beaucoup plus efficace que les autres formes d’art plastique. Kollwitz suit ce raisonnement et décide de se consacrer uniquement à l’art de l’estampe pour dénoncer les conditions de vie du prolétariat allemand, dans un souci de naturalisme engagé, inspiré d’Emile Zola.  »Des véhéments de l’existence, qui se révèle souvent {au graveur} de manière criarde, doivent naître les images, comme elles découlent de la sensation vivante du poète et du musicien. ».

Käthe Kollwitz illustre cette pensée dans son premier portfolio Une Révolte des Tisserands entre 1893 et 1898. Le récit en 6 scènes s’inspire directement de la pièce Die Weber de Gerhard Hauptmann, créée à la Freie Berliner Volksbühne le 23 février 1893, avec comme thème la révolte des tisserands du 4 juin 1844. Cet évènement, certes lointain en 1893, n’a pas perdu de son ampleur au cours de la deuxième moitié du XIXe siècle. En fait, elle n’a fait qu’augmenter avec le gouvernement autoritaire et militariste du « Chancelier de fer » Otto von Bismarck (1815 – 1898) dont le règne s’étendit de 1862 à 1888. La pièce de Hauptmann fait l’objet d’une multitude de procédures judiciaires pour limiter sa production sur scène, perçue par les autorités comme un appel à la haine. Elle est néanmoins considérée comme l’une des pièces naturalistes les plus célèbres d’Allemagne.

Le portfolio exposé de Käthe Kollwitz annonce la carrière qui suivra. Une carrière d’artiste engagée dont la production sera exclusivement consacrée au combat contre la répression ouvrière et les inégalités sociales qui mènent le peuple à la famine et la misère. Tirée à 50 exemplaires, l’oeuvre Une Révolte des Tisserands est présentée à la Grosse Berliner Kunstausstellung8 en 1898. Une médaille d’or est attribuée à Kollwitz par le jury du salon mais l’empereur Guillaume II refuse, jugeant le sujet de l’oeuvre trop actuel9 et son style naturaliste trop cru. Sa renommée n’en devient pas moins grande, la jeune graveuse berlinoise gagne la popularité et la reconnaissance du public. Elle devient en 1919 la première femme élue à l’académie des Beaux-Arts de Berlin mais se voit démissionner en 1933 à cause de son appel au front unique contre le NSDAP d’Adolph Hitler qui l’interdit d’exposer en 1935. Ses oeuvres et ses affiches seront interdites ou utilisées à des fins de propagande par les nazis. Aujourd’hui, les oeuvres de Käthe Kollwitz sont exposées dans trois musées qui portent son nom à Moritzburg, à Cologne et à Berlin et le Musée d’Art Moderne et Contemporain de la ville de Strasbourg possède dans ses réserves un ensemble de trente gravures de l’artiste.

> Le Musée d’art de la ville de Strasbourg

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