La Baie des Anges attire au XXe siècle de nombreuses personnalités, notamment Matisse, séduit par la lumière du Sud, qui ne s’en détachera jamais. Durant les années 1950, Nice voit naître un nouveau courant artistique centré sur une première amitié entre trois garçons : Arman, Claude Pascal et Yves Klein. Ces derniers seront rapidement rejoints par une trentaine d’artistes qui formeront « L’école de Nice » ou plutôt le « Nouveau Réalisme ».

Nice est encore aujourd’hui une ville particulièrement empreinte d’art. Avec son musée des Beaux-Arts, ses divers galeries et surtout son Musée d’Art Moderne et d’Art Contemporain (MAMAC), la ville contient une collection exceptionnelle d’art contemporain avec notamment les oeuvres des Nouveaux Réalistes qui ont considérablement changé la face artistique azuréenne. Aujourd’hui, les expositions sont nombreuses et les collections remplies ; la ville bénéficie de lieux très actifs comme la villa Arson qui accueille les expositions et met en résidence les artistes ; les plasticiens actuels font l’objet d’un ouvrage appelé « Impressions d’Ateliers » qui consacre ses colonnes à l’héritage de l’école de Nice et son art libre. Mais l’histoire commence à l’aube des 50s.

Yves Klein et Claude Pascal dans les rues de Nice, portant des chemises peintes de leurs empreintes.

En 1948, alors âgés de 18-19 ans, Arman, Claude Pascal et Yves Klein se rencontrent et forment le « Triangle ». À trois, ils se partagent le monde : Arman prend la terre et les richesses, Pascal prend l’air, Klein prend le ciel et son infini. Ils initient alors « L’école de Nice », mouvement sans règle ni dogme, dont le simple but est de créer un art singulier, anti-académique, libre de médium et de pensée. C’est alors par des chemises tâchées de peinture avec la forme de leurs pieds et de leurs mains que le mouvement voit ses premières créations plastiques. Pascal est rapidement remplacé par Martial Raysse pour former le trio fondateur du « Nouveau Réalisme », mouvement qui sera ensuite théorisé par Pierre Restony en 1960.

Yves Klein et l’horizon bleu

Yves Klein est considéré comme un des plus grands artistes du XXe siècle. Son art bleu hypnotique a considérablement modifié la perception moderne de l’art contemporain. Issu d’une famille d’artistes académiques, le jeune Klein peint des ronds bleus dans son carnet et y exprime une seule phrase : « c’est le futur ». Il devient un artiste aux multiples facettes (photographe, artisan, performer, peintre, etc.) et c’est en 1954 qu’il se tourne définitivement dans son « aventure monochrome ». En 1955, il installe pour la première fois son chevalet à proximité d’une terrasse de café sur la Promenade des Anglais. Il peint ce qu’il voit : du bleu, seulement du bleu. Les clients du café ne comprennent pas car ce jeune homme peint la baie – pourtant munie d’une plage, d’une promenade et d’une multitude d’arbres – avec un seul rouleau de peinture bleue.

Klein s’intéresse au ciel et à l’infini que présente le point de fuite de l’horizon méditerranéen. Le bleu de la mer et celui du ciel sont indissociables; Klein libère la couleur des traits et la laisse elle-seule dominer la toile. L’artiste niçois est très croyant et il voit en la couleur bleue une dimension spirituelle, pure, divine, mystique, qu’elle seule peut contenir. En 1957 débute une « période bleue » qui fera sa renommée. Ainsi, il se place lui-même dans la continuité de Giotto (1266-1337) qui fut fasciné par le ciel et son infini, et dans celle de Matisse (1869-1954) qui ne décrocha jamais le ciel azuréen.

Monochrome bleu sans titre, 1960

« Le bleu n’a pas de dimension, il est hors dimension, tandis que les autres couleurs, elles, en ont. Ce sont des espaces pré-psychologiques… Toutes les couleurs amènent des associations d’idées concrètes… tandis que le bleu rappelle tout au plus la mer et le ciel, ce qu’il y a après tout de plus abstrait dans la nature tangible et visible. ».

En 1960, Klein confectionne son International Klein Blue (IKB), nouvelle résine de synthèse qu’il confectionne avec une apparence poudreuse et magnétique. Il apporte sa création, ce qu’il considère comme son chef-d’oeuvre, à l’institut national de la propriété industrielle. La recette est secrète et n’a jamais été révélée ; l’artiste, qui décède prématurément en 1962, restera à jamais le seul utilisateur du bleu Klein. Aujourd’hui, ses oeuvres sont dans les plus grands musées du monde ainsi qu’à Nice sa ville natale.

L’école de Nice et le « Nouveau Réalisme »

Alors que Klein façonne son bleu, ses camarades niçois s’intéressent à d’autres facettes du réel tels que les milieux urbains et industriels. En 1960, Martiel Raysse, Arman et Jacques Tinguely sont rejoints par de nombreux autres artistes et tous signent le Manifeste du Nouveau Réalisme. C’est le critique d’art Pierre Restony qui donne son nom au mouvement et le théorise. Parmi les signataires figurent de grands noms de l’art moderne : Raymond Hains, François Dufrêne, César, Niki de Saint Phalle (en 1961). Le Nouveau Réalisme se base alors sur la « Singularité collective », c’est à dire : la reconnaissance de la singularité plastique de chaque artiste au service d’une seule et même appropriation du réel. Pierre Restony parle ainsi d’un « recyclage poétique du réel urbain, industriel, publicitaire ». Sorte de Pop Art à la française, le Nouveau Réalisme cherche plutôt à tenir tête au mouvement américain qui monopolise la production artistique occidentale des années 50 et 60.

Martial Raysse, Soudain l’été dernier, 1963

Le terme de « Réalisme », utilisé par Restony, renvoie au mouvement du XIXe siècle qui vise à représenter le monde de façon réaliste, sans idéalisation ou sublimation. S’ajoute le terme « Nouveau » qui exprime tout simplement cette « nouvelle vague » du réalisme en art, faisant ainsi écho à la Nouvelle Vague qui touche le cinéma ces mêmes années. Dans ce Nouveau Réalisme, on s’occupe de représenter des scènes de tous les jours par le biais des objets courants du quotidien. Les artistes dénoncent l’omniprésence de l’industrie et du publicitaire dans leur quotidien, tout en se plaçant dans la tradition des Ready-Made de Marcel Duchamp. Raysse présente néanmoins une exception, privilégiant pendant longtemps le thème séculaire des « baigneuses » qu’il place à son époque, avec des photographies auxquelles il rajoute des filtres, des collages et des pièces rapportées.

Compressions et Accumulations

César, Ricard, 1962

Parmi les artistes qui travaillent les objets du quotidien, César et Arman sont sûrement les plus connus. Le premier fait des Compressions, le deuxième des Accumulations. Adepte du travail du fer et du bronze, César récupère des objets publicitaires métalliques et les transforme en parallélépipèdes, en Compressions, comme son oeuvre Ricard de 1962. Aujourd’hui son art est toujours très présent, notamment par le biais de la cérémonie des Césars qui décerne ses parallélépipèdes dorés chaque année.

Arman, Valises, gare Saint-Lazare

Arman, lui, s’intéresse à la fabrication d’Accumulations qu’il réalise à partir d’objets trouvés comme des fourchettes, des téléphones, des instruments de musique, des théières, etc. Il les rassemble, les accumule et les homogénéise en une forme simple et souvent monochrome. Ses oeuvres sont aujourd’hui exposées partout dans le monde, dans les musées comme dans les rues. Comme Klein, Arman a très largement impacté la ville de Nice qui expose nombre de ses oeuvres au MAMAC et sur les places publiques.

Nice a vu naitre sur ses plages de galets son école et son mouvement du Nouveau Réalisme. Ses baigneurs, Klein, Arman, Raysse, César… ont bouleversé l’art occidental. Leurs créations sont visibles dans la plupart des grandes institutions et leur héritage est toujours activement présent dans la cité azuréenne ainsi que dans le reste de la France. La Baie des Anges est aussi celle des artistes ; et son horizon bleu Klein représente plus qu’un simple panorama uniforme et sans trait, il est la source d’inspiration qui amena les nouveaux réalistes à l’exaltation de l’art moderne du milieu du XXe siècle. Aujourd’hui, nombreux sont ceux qui se placent dans la continuité du mouvement, prônant la libre production et la singularité plastique de leur oeuvre..

Site du MAMAC

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