« La soudaineté désirable », chère à André Breton, est dans l’ADN du Surprisier, Boris Vian, maître des télescopages d’idées et des métaphores amusées. L’écrivain au destin foudroyé est né le 10 mars 1920. La revue littéraire et gourmande, Octopus, précis artistique des mots de bouche, consacre son 7e numéro au vinaigre et à Boris Vian. Boris Vian, l’ogre-doux, a tous les talents, il écrit, dessine, invente, joue de la trompette, chante… et fabrique son vinaigre ! Dans sa cuisine, cité Véron dans le XVIIIe arrondissement de Paris, de son appartement niché au-dessus du Moulin Rouge, le vinaigrier y a toujours bonne place.

On connaît l’homme de lettres, son Déserteur et ses désertés. Ce que l’on sait moins, c’est que le « Bison ravi », gourmand de tout, peint et fait des collages, usant à profusion de mots et d’images parfois horrifiques et gargantuesques, comme dans cette œuvre inédite de 1947 montrant un personnage en « costard-cravate » à la tête de chien, gueule ouverte. Le poète ne manque pas de mordant dans cette composition étonnante sur fond d’une chemise cartonnée administrative, dont la couleur s’est assagie avec les années. Une dizaine de motifs, découpés dans les pages de papier glacé de magazines, compose la scène à dominante de noir et de blanc.

Il y a l’intensité d’un arrêt sur image d’un polar américain, et aussi l’humour d’un Georges Méliès dans le geste de cette figure gloutonne prête à engloutir une tête vivante conservée dans une bouteille composite tout droit sortie d’un cuiseur vapeur. Ça crépite et ça bouillonne, livrant une vision décalée de l’effroi. Car en guise de bouchon, le « Prince du Tabou » choisit de placer un crâne souriant coiffé d’un chapeau mou. La pression est extrême, et le coup d’envoi imminent. Le photomontage s’apparente ici à une image-poème où se tisse un champs des possibles. Intense et décapant !

Dès sa petite enfance, Boris Vian apprend à nourrir son imaginaire de son quotidien, en particulier des fastes culinaires de sa tante Zaza : de la cuisine envahie par des souris qui aiment « danser au son des chocs des rayons de soleils sur les robinets » à lire dans L’Ecume des Jours, ou encore l’usage de la « tourniquette », cet improbable instrument à « faire la vinaigrette » que l’on retrouve avec truculence dans la chanson La Complainte du progrès. Sa tambouille de prédilection ?  Elle lui vient des « bout-rimés », ce jeu du langage que Boris Vian pratiquait, dans la maison familiale de Ville d’Avray : à partir de rimes imposées, chacun devait composer un poème. Une recette de l’esprit. Jamais rassasié.

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