L’artiste russe Piotr Pavlenski, 35 ans, réfugié politique en France depuis 2017, est sorti de l’anonymat le 14 février 2020 en produisant une « œuvre » au contenu qui s’est révélé hautement polémique, résultat du piratage d’une communication électronique d’un homme politique en vue. Ce geste de l’artiste rapteur d’images lui vaut-il d’être poursuivi en justice ?

Un chef-d’œuvre en péril de Piotr Pavlenski ? Le style est imparfait, le message est primaire voire grossier, la communication est brutale, et pourtant je n’ai pas pu m’empêcher, avant de fermer Twitter, de faire une copie de cette courte vidéo, au cas où…

Suis-je une collectionneuse ? Non. J’ai toujours pensé que j’en savais suffisamment sur les œuvres d’art pour ne pas avoir à les acheter. Mais celle-ci est différente. Et après tout, peu m’importe ce qu’en diront mes amis. J’entends déjà mon compagnon m’exprimer sa désapprobation la plus complète, confronté à la vision de la dite vidéo de Piotr Pavlenski et d’une capture d’écran accrochée sur le mur de la salle à manger. Il est bien sûr acceptable d’exposer la virilité, de même que la tromperie ou le désir en ce début de 21ème  siècle, mais ce n’est pas la raison pour laquelle cette vidéo de Piotr Pavlenski se retrouve sur mon disque dur. Elle y est à cause du sujet, un modèle, un homme, personnalité publique, puissant, écartant ses cuisses, le sexe gonflé de désir[i].

Lors de ma visite au musée d’Orsay, j’ai été étonnée de voir un public très élégant, voire sophistiqué s’ébahir devant la beauté de l’Origine du monde. Je me souviens aussi des articles de journaux sur ce même tableau relatant l’enquête minutieuse et des prises de paroles savantes afin de mettre un visage sur ce sexe. En revanche, personne à l’époque, pas un conservateur, pas un directeur de musée, ni même un critique, un juge ou un policier ne s’est interrogé sur la volonté du modèle, savoir ce que le modèle voulait. J’avais trouvé cette réaction très saine, même si ces questions avaient été évacuées un peu trop rapidement sous couvert d’intérêt scientifique, de nécessité vitale pour le tableau, ou d’intérêt de la nation. A cette « fente gonflée de désir » appartenait-elle ? Il fallait savoir à qui ce fabuleux pubis appartenait. Pas pour aller féliciter la propriétaire, plutôt pour en faire la généalogie, pour connaitre ces rapports avec l’artiste, pour pouvoir la réintégrer à l’histoire du tableau et finalement à l’histoire de l’art. Peu importe qu’il ait fallut donner le nom de toutes les maitresses probables de Courbet et de celles de Khalil Bey, le commanditaire, il en allait de l’orgueil national.

J’aurais du être un homme, faire de la politique, avoir le pouvoir, et me filmer, me faire filmer, sous tous les angles, dans toutes les situations. Jusqu’à devenir un modèle. Peut-être que, finalement, ne suis-je pas une collectionneuse mais désormais une apprenti-activiste. Modèle inversé !

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