La Bretagne est connue pour sa côte, ses décors bucoliques et sa culture celtique, mais trop peu pour son histoire de l’art, ses ateliers, ses paysages et ses musées ; et pourtant, la région en regorge. Dès le milieu du XIXe siècle, les peintres du monde entier y passent de courts séjours pour s’inspirer, travailler, alimenter leurs oeuvres. Une rencontre marque définitivement la région et impacte considérablement l’histoire de l’art : celle de Paul Gauguin et Paul Sérusier.

La région bretonne, avec son Finistère et ses villes pleines de charme, attire depuis les années 1860 de nombreux artistes peintres. C’est Henri Bacon qui découvre, le premier, la ville de Pont-Aven et ses décors ; puis c’est au tour de nombreux artistes, américains puis français, d’y passer des séjours, notamment à la Pension Gloanec qui devient rapidement le fief des peintres. « L’école de Pont-Aven » ; c’est ainsi qu’est nommé ce collectif d’artistes divers, aux oeuvres les plus variées, qui, dans la continuité du mouvement impressionniste, cherchent à faire évoluer le monde de l’art et sa plasticité.

Les séjours de Paul Gauguin

Gauguin, La vision après le sermon, 1888

En 1886, Paul Gauguin s’installe pour un premier séjour dans la ville de Pont-Aven. Le père de famille décide de vivre de sa passion qu’est la peinture et de fuir la frénésie de la vie parisienne qui est alors en pleine folie industrielle. Au moment de son arrivée, l’artiste traverse une période très précaire de sa vie ; heureusement, la Pension Gloanec, tant adorée des impressionnistes, propose des petites ristournes aux artistes de passage. C’est ici, à Pont-Aven, que la carrière du peintre prend un réel élan. Il y trouve l’air frais, les sources et les forêts ; il étudie ses perceptions, travaille ses représentations du réel et peaufine son dessin. Le synthétisme de Gauguin commence alors à prendre forme.

« L’art est une abstraction, tirez-la de la nature en rêvant devant et pensez plus à la création qui en résultera. »

Le jeune élève de Pissarro, praticien du style impressionniste, se sépare définitivement de cette voie et devient le grand théoricien du synthétisme. Il dessine les bretonnes à longueur de journée, dessine les paysages et les forêts et surtout la lumière et ses effets. Les couleurs deviennent son seul langage et les traits ne sont là que par convention. Deux ans plus tard, après de multiples escapades au Panama et en Martinique, Gauguin revient dans la ville Bretonne pour un nouveau séjour ; celui-ci aura un impact plus que considérable, notamment par la rencontre de l’artiste avec Paul Sérusier.

La rencontre de Sérusier et Gauguin

En 1888, Paul Sérusier est un jeune peintre réaliste qui continue sa formation ; lorsqu’il rencontre Gauguin, ce dernier lui propose une leçon sur sa théorie du synthétisme en plein coeur de la forêt du « Bois d’Amour », proche de la ville de Pont-Aven. Les deux confrères s’installent au bord du cour d’eau de l’Aven ; Gauguin dicte, Sérusier applique, et une toile naît alors de ce que l’on appelle aujourd’hui « La leçon de peinture au Bois d’Amour » :

Paul Sérusier, Le Talisman, 1888

« 

Comment voyez-vous cet arbre ; il est vert? Mettez donc du vert, le plus beau vert de votre palette.

Et ceux-ci, ils sont jaunes… eh bien, mettez du jaune.

Et cette ombre, plutôt bleue? Ne craignez pas de la peindre aussi bleue que possible.

Ces feuilles sont rouges? Mettez du vermillon. 

»

Gauguin apprend à Sérusier à comprendre ses perceptions des couleurs. Il n’est plus question ici de dessiner les ombres, de nuancer les couleurs, de mettre des touches de marron ou de vert ; ici le peintre ne représente que ce qui le transcende dans l’immédiateté du moment. Seules les impressions comptent et la réalité n’est que supposition chez chaque individu. Gauguin l’a bien compris et Sérusier l’a bien appliqué. Au retour de son séjour, Sérusier entraîne la création du mouvement des Nabis qui marquera à son tour la création artistique de la fin du XIXe siècle. Ces derniers feront de cette toile le symbole de leur idéologie, nommant eux-même l’oeuvre : « Le Talisman ».

De la ville de Pont-Aven naît sa propre école, le foyer d’une nouvelle culture picturale. Gauguin part plus tard pour le Sud de la France où il vivra une autre grande rencontre, celle avec Van Gogh ; Sérusier, lui, sera particulièrement actif parmi le mouvement des Nabis ; les deux peintres resteront très attachés à cette région qui marqua un passage clé dans leurs deux carrières. Depuis, les passants de Pont-Aven sont très nombreux et la ville garde encore son identité de ville des peintres. Son école est encore très active à travers ses musées et son patrimoine et attire chaque année de nombreux touristes et amateurs venant apprécier les plaisirs de la nature bretonne et la richesse de son histoire de l’art.

Site de l’office de tourisme de Pont-Aven

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici