Qu’est-ce qui fait œuvre en photographie ? « Une bonne photographie ne vous quitte jamais. C’est même ce lien de fidélité qui permet de la repérer », confie Martine Ravache dans son livre « Regards Paranoïaques – La photographie fait des histoires », paru en octobre 2019 aux Editions du Canoë. Le parcours personnel de l’historienne de la photographie est livré à travers sept histoires racontées avec une verve d’enquête policière.

« La Table de travail de Virginia Woolf » à Monk’s Housse, Sussex (1946) par Gisèle Freund.

L’historienne raconte, sa rencontre avec l’immense portraitiste Gisèle Freund, son enquête auprès des Amoureux de l’Hôtel de Ville, ses premiers pas de critique d’art à une époque où le sujet des femmes photographes semble aussi saugrenu qu’un dossier sur les photographes hongrois. La photographie qui l’a le plus touchée : « La Table de travail de Virginia Woolf » par Gisèle Freund. Le bureau fait face au lever du jour. L’image montre l’absence. L’écrivaine est décédée cinq ans plus tôt. « Il sourit à la pelouse vert pâle et à la brume du matin, délicatement protégé par un rideau de frondaisons ». Emprunts de poésie, ses mots témoignent de sa perception unique des atmosphères, et son affection pour celle qui l’a accueillie à bras ouverts dans son cercle d’intimes. Preuve de son intégrité.

Le débat de « la couleur et son contraire » marque une étape : Martine Ravache raconte l’apparition de la couleur en photographie et les partis pris des principaux acteurs de l’époque. Jouant sur les mots, la critique d’art rappelle avec humour à quel point la couleur était « mal vue ». Puis elle déploie l’argument chromatique, citant tour à tour les pionniers et expérimentateurs, de Jacques Lartigue à Seïdou Keïta. Pour conclure ce chapitre, elle cite un tag happé dans la rue « Maintes couleurs n’apparaissent qu’après la pluie ». Un joli clin d’oeil !

Les photographes comme les musiciens communiquent-ils sans avoir besoin de se parler ? demande enfin l’auteure. La réponse est éclairante. Irving Penn faisait remarquer que si Richard Avedon captait brillamment « un aspect de la vérité qui est totalement momentané », lui, de son côté, préférait rechercher « l’épaisseur de la vérité ». L’instant contre l’épaisseur, deux façons de placer la vérité. Car c’est bien la vérité des regards et des émotions qui guide l’écriture de cet ouvrage, sensible et intelligent.

> Les éditions du Canoë

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